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L’échec cinglant du multilatéralisme franco-américain et de la puissance douce face à la Syrie

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12 septembre 2004

Emile LahoudL

a résolution franco-américaine visant à amener un retrait syrien du Liban, acceptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, a eu pour effet de renforcer la mainmise de Damas sur Beyrouth. D’après l’analyste Amir Taheri, c’est la preuve que la « puissance douce » est interprétée comme une faiblesse par les régimes autocratiques.

L’un des reproches adressés au Président Bush sur l’Irak est qu’il a contourné les Nations Unies, ignoré ses alliés et agi de manière unilatérale. La théorie voudrait ainsi que l’appui du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, et du Président français, Jacques Chirac, soit la meilleure garantie de succès pour la politique étrangère américaine, notamment au Moyen-Orient. Cette théorie a été mise à l’épreuve au début du mois – et s’est révélée non seulement fausse, mais également contre-productive, au moins jusqu’ici.


«... Loin de s'incliner devant la volonté collective de la communauté internationale, la Syrie a décidé d'ignorer l'alliance Bush-Chirac et a réagi, de fait, en abolissant l'Etat libanais. »


Voici les faits : des diplomates français, désireux d’offrir une alternative au « changement de régime » de Bush, ont passé une bonne partie de l’été à mener des discussions secrètes avec leurs homologues américains pour définir une ligne commune au sujet de la Syrie, l’un des membres les plus anciens du club des « Etats commanditaires du terrorisme. » A la fin du mois d’août, les discussions avaient produit un accord sur une action conjointe afin de mettre un terme à la présence militaire syrienne au Liban.



L’abolition soudaine de l’Etat libanais

Le 2 septembre est survenu ce qui ne s’est pas produit depuis longtemps : la France et les Etats-Unis ont proposé un ensemble une résolution au Conseil de sécurité appelant la Syrie à retirer son armée du Liban et à permettre le désarmement des milices libanaises, y compris le Hezbollah contrôlé par l’Iran. La résolution a été adoptée par 9 voix contre 0, avec 6 abstentions, indiquant un consensus inhabituel à l’ONU. Les diplomates français étaient au septième ciel : ils avaient prouvé qu’ils pouvaient accomplir par la diplomatie ce que le « cow-boy » Bush insiste pour accomplir par la force.

Mais ce qui s’est ensuite passé est moins idyllique : loin de s’incliner devant la « volonté collective de la communauté internationale », la Syrie a décidé d’ignorer l’alliance Bush-Chirac et a réagi, de fait, en abolissant l’Etat libanais. Le Président syrien Bachar el-Assad a convoqué le Premier ministre libanais Rafik Hariri à Damas, la capitale syrienne. Hariri a dû ronger son frein pendant 2 heures avant d’être admis en la présence d’Assad et de recevoir pendant 15 minutes des « instructions », dont un ordre de faire amender la Constitution libanaise afin d’autoriser le mandat de 6 ans du Président Emile Lahoud, nommé par la Syrie, d’être prolongé de 3 ans.

Assad a également convoqué Nabih Berri, Président du Parlement libanais, et lui a ordonné d’amender la Constitution et de prolonger le mandat de Lahoud en une seule session. Le leader syrien a exigé que ses ordres soient exécutés dans les 24 heures suivant le « triomphe » Chirac-Bush au Conseil de Sécurité. Le fait que l’Etat libanais ait concrètement cessé d’exister a été révélé lorsque le prétendu Parlement de Beyrouth a obéi aux ordres d’Assad, par un vote de 96 voix contre 29.

Pour souligner son mépris des Nations Unies, Assad a également ordonné le renforcement de la présence militaire syrienne au Liban de 28'000 hommes à presque 40'000 avant la fin de l’année. Les différents services secrets syriens, dont certains exploitent leurs propres tribunaux et prisons aussi bien en Syrie qu’au Liban, ont également reçu l’ordre d’adopter un profil plus haut à Beyrouth. Et l’Iran a augmenté ses livraisons d’armes à la branche libanaise du Hezbollah via la Syrie.

Tout ceci a été accompagné par une campagne des médias étatiques à Damas et des journaux sous contrôle syrien à Beyrouth contre l’intervention « impérialiste » franco-américaine, visant « à affaiblir l’unité arabe » en expulsant l’armée d’Assad du Liban.

Bien que la Syrie soit de facto la puissance majeure au Liban depuis presque 30 ans, personne ne s’attendait à ce qu’Assad n’en fasse étalage de façon aussi flagrante, en défiant ouvertement l’alliance Chirac-Bush. L’attitude d’Assad était d’autant plus surprenante qu’il n’était pas parvenu à persuader des alliés de longue date comme la Russie et la Chine d’opposer leur veto à la résolution franco-américaine.

Pourquoi Assad s’est-il comporté de la sorte ? La principale raison reste le fait que la dictature baasiste d’Assad fait partie des régimes qui ne réagissent qu’à la menace d’employer la force ou à son emploi effectif. Leur stratégie est basée sur l’hypothèse que si le bâton et la pierre peuvent leur briser les os, les paroles ne pourront jamais leur causer du mal.

La dictature baasiste de Saddam Hussein était également un régime de ce type. Le maître de Bagdad avait appris de 13 années d’expériences, pendant lesquelles il avait ignoré 12 résolutions contraignantes de l’ONU, que la diplomatie ne pourrait jamais menacer la seule chose qui lui importait : sa mainmise sur le pouvoir. Si Saddam a violé 12 résolutions en 13 ans avant de faire face à la menace d’une guerre, il reste 11 résolutions et 12 ans à Assad. Pourquoi donc se soucier aussi tôt dans la partie des parlotes franco-américaines ?

Un régime despotique ne peut se permettre d’écouter les résolutions de l’ONU : il finirait par être prié de cesser l’emprisonnement, la torture et le meurtre de ses opposants, d’accepter des élections libres – bref, de commettre un suicide politique. Il perdrait également en partie son aura d’invincibilité et sa capacité à terroriser sa population.

En fait, Assad compte sur « la grande et bonne nouvelle » que promettent ses médias : une défaite de Bush en novembre. Les médias syriens espèrent que « la tempête Bush » cessera bientôt de souffler et que l’Amérique reviendra à sa politique traditionnelle, consistant à cajoler le despote de Damas. Après tout, Bush est le seul Président depuis 1969 qui a refusé de rencontrer le dirigeant syrien ; Bill Clinton a rencontré deux fois Hafez el-Assad, le père d’Assad [les deux fois à Genève, en 1994 et 2000 – note du traducteur], et a soutenu son occupation du Liban.

Une autre raison de la défiance d’Assad se trouve être les mollahs de Téhéran, qui appuient son régime avec de l’argent, des armes et du pétrole à bon marché, et qui sont déterminés à ne pas laisser la diplomatie internationale jouer un rôle significatif dans la région. Les mollahs craignent que la résolution franco-américaine sur le Liban puisse créer un précédent et mener à une résolution s’opposant au programme d’armes nucléaires iranien. Les mollahs sont également décidés à conserver la branche libanaise du Hezbollah comme leur armée supplétive dans ce qu’ils considèrent être une guerre contre l’Amérique et Israël.

La riposte syrienne à l’initiative franco-américaine ne s’est pas limitée aux manœuvres politiques et à la propagande. En étroite coopération avec Téhéran, la Syrie a appelé ses agents et alliés en Irak à renforcer leur campagne terroriste dans l’espoir d’affaiblir la position de Bush au cours de l’élection à venir. « Le feu va s’étendre en Irak », promet le journal Tishrin, un organe du Baas syrien. De même, les médias iraniens n’ont pas caché leur espoir qu’une défaite de Bush mène rapidement à un retrait américain de la région.

Nous avons donc ici un exemple typique de diplomatie multilatérale, par opposition à « l’extrémisme » de Bush. La Syrie a été courtisée pendant plus de 2 ans par la France et d’autres membres de l’Union européenne, et elle s’est vue offrir la plus large gamme d’avantages que la « puissance douce » peut fournir. Le Président Assad a été fêté dans une demi-douzaine de capitales européennes et célébré comme « un grand dirigeant. »

Nous avons également une très gentille résolution, numéro 1559, écrite dans le langage le plus poli. Elle ne demande pas la lune. Tout ce qu’elle demande, c’est que la Syrie retire son armée du Liban, un membre fondateur de l’ONU, et laisse les Libanais mener leur vie à leur guise, tout comme les habitants du Timor Oriental le font depuis la fin de l’occupation indonésienne. La résolution n’appelle pas à une enquête sur les nombreux crimes que les Syriens sont suspectés d’avoir commis au Liban ces 30 dernières années, dont le meurtre de deux présidents élus et le pillage du trésor libanais.

En d’autres termes, la « puissance douce » ne peut être plus douce que cela. Mais on peut parier sans grand risque que la Syrie ne va pas évacuer le Liban à moins d’en être expulsée de force ou de voir son propre régime être menacé de destruction par le biais d’une action militaire. Voici près d’une année, l’Union Européenne a essayé la « puissance douce » pour convaincre l’Iran de ne pas construire un arsenal nucléaire, et elle a échoué. L’initiative « puissance douce » vers la Syrie se dirige également vers l’échec.

Ceux qui croient encore que Saddam aurait pu être persuadé de changer ses manières par une série infinie de résolutions onusiennes feraient bien de méditer sur les expériences iranienne et syrienne. Nous avons une belle résolution, nous avons Kofi Annan et Jacques Chirac au volant, nous faisons du multilatéralisme, et pourtant nous n’allons nulle part. Ne faudrait-il pas se demander pourquoi ?



Texte original: Amir Taheri, "Fiasco à la française'", New York Post, 10.9.2004  
Traduction et réécriture: Lt col EMG Ludovic Monnerat
  









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